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Les 12 heures de temps de travail dans le secteur hospitalier

Les arguments sont là : meilleure conciliation des temps, autonomie dans l’organisation du travail, lissage de la charge de travail sur la journée, plus de temps pour terminer les tâches, meilleur accompagnement des patients, gain de temps dans les transports, réduction des coûts de garde d’enfant, plus de repos… Les agents du secteur hospitalier plébiscitent très largement le travail continu durant 12h !

A tel point qu’ils seraient 95 % à estimer que ce type d’organisation ne modifie pas leurs conditions de travail (Selon « Travail et changement » numéro 354 de mars/avril 2014).

Les agents du secteur hospitalier plébiscitent très largement le travail continu durant 12h, mais journée de 12h et santé au travail sont-elles compatibles ?

Des facteurs indéniables ont poussé la réflexion autour du travail sur 12h : le passage aux 35h, la pénurie de personnel infirmier, les contraintes budgétaires, la nécessité d’être plus attractif pour les agents…

Pour autant la succession de longues journées de travail ne serait pas si bénéfique que ça. En effet, travailler 12 heures de façon continue mobilise fortement l’organisme qui, pour éviter de commettre des fautes, doit compenser et puiser dans ses propres réserves.
Véronique Rivat-Caclard, directrice des soins, dans son mémoire de l’Ecole des hautes études en santé publique décrit des effets pas très encourageants : fatigabilité accrue, baisse de vigilance, risque d’erreur, faute ou accident de travail, nécessaire « réapprentissage » à chaque retour au travail et manque de temps de transmission. Sans compter que ce type d’organisation favorise le fameux cumul d’emploi…

Des conditions semblent à privilégier pour opérer ce passage en 12h de travail continu : la nécessaire volonté de l’agent à adopter ce mode de temps de travail, l’obligation de conserver les 10h de travail continu la nuit, la possibilité pour tout un chacun de revenir à un mode d’organisation du temps de travail antérieur, l’évaluation régulière des difficultés ressenties par les professionnels… Que dire des agents plus âgés qui se voient contraints d’accepter ces rythmes de travail ? Quelle cohérence avec les efforts d’aménagement des postes de travail en fonction de l’usure professionnelle ?

Le suivi strict des indicateurs semble aussi essentiel et relève d’une attitude responsable en matière de santé au travail : absentéisme, accidentologie, erreurs…

Probablement qu’une étude plus fine des conditions de travail dans les services permettrait de déterminer la compatibilité avec de tels rythmes : travailler dans un service d’urgence ou encore dans le soin aux personnes âgées mobilisent d’avantage les ressources de l’agent…